LA BOUTIQUE

Olivia Ruiz - Les crêpes aux champignons

VERONIQUE PESTEL

Mercredi 12 Mai - 20h00 Salle Jeanne d’Arc (co-récital avec Jeanne Cherhal)

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Raconter ma vie...comment prononcer des arrêts sur mon passé ? Il bouge tout le temps. Il se compose et se décompose à mesure que j’y repense. Une mère attentive, un père affectueux, ni soeur , ni frère, une kyrielle de bienveillantes aïeules : tout ce qu’il faut pour se croire le centre de la joie du monde, au moins jusqu’à l’école. A l’école, la chute : la conscience d’un sort non plus unique mais collectif, dur, affectivement bâclé. Passons. J’aime lire, jouer à la balle et faire de la musique sur le vieux piano qui me donne Scott Joplin juste au moment où j’allais le jeter avec Mozart. Puis vient l’amour, où se rejoignent enfin l’âme et le corps, le livre et la balle, le rag-time et la sonate, la voix et le geste, le poème et la musique, le plaisir et la perte, le temps et la mort : tout ce qu’il faut pour faire une chanson, puis deux, puis...un métier. A la hauteur du rêve, choisi, construit... A moins que ce ne soit qu’une grâce...

Raconter, reconter, recompter sa vie. C’est ça, un récital de chansons : les chansons sont faites quand on arrive sur scène, mais elles ne sont pas arrêtées. On les recompose chaque soir, avec la pâte de ce qu’on est aujourd’hui, en public. Les chansons ne sont pas privées, pas privées de l’autre. L’autre y a sa place. Il faut la lui laisser, entière, avec son centre d’écoute et sa marge d’indifférence. Sans se sentir soi-même pris dedans. Savoir qu’on est ailleurs et qu’on est juste soi. Savoir depuis le début, qu’il n’y a que ça à faire : être soi, et laisser en soi la place à l’autre pour qu’il entre et trouve sa place, trouve une place qu’il ne savait pas la sienne mais qui soudain l’éblouit parce qu’il s’y trouve. Il s’émerveille de lui-même parce qu’il ne s’y attendait pas. Faire un spectacle de chanson pour moi, c’est ça : donner lieu à l’amour que chacun porte à lui-même, donner lieu à la beauté de chacun.