Le monsieur du quatrième dit s’appeler Romain Didier et prétend même être musicien. Perso, je n’y crois pas trop. Ben oui, ça ne peut être qu’une couverture, car avec cette allure d’ambassadeur et ce carnet d’adresses digne d’un ministre, moi je le vois plutôt en super héros, prêt à rendre des services au monde, à lui livrer des secrets. Ah c’est sûr que s’il avait fait de la musique, il aurait commencé par le piano-bar, au café des artistes en bas de l’immeuble, puis il aurait travaillé avec des gens comme Allain Leprest, Nery, Enzo-Enzo, Pascal Mathieu. Il aurait sûrement fait des opéras pour enfants comme Pantin-Pantine ou Pinocchio court toujours...Il aurait eu certainement la classe, l’intelligence et la beauté d’un grand artiste ! Il fallait que j’en aie le cœur net. J’entrai donc par effraction chez lui. Il régnait dans son doux foyer une sorte de pessimisme serein, de patience instruite. La température était pudique et belle. Depuis 25 ans qu’il vivait ici, nombre de sentiments avaient élus domicile chez lui : des amours perdus, la vieillesse, le printemps, les vacances, tous les temps du cœur, celui en liesse, celui brisé. A la recherche d’un reste de nourriture, je mis le museau dans sa vie pour tomber sur un tas de partitions et sur plus de deux cents chansons ! Il cachait bien son jeu ! C’était bel et bien un artiste, un poète discret au talent fou, et non l’inverse !