ROCÉ

Tandis que certains historiens tergiversent à propos du berceau de l’humanité, moi, malgré mon intelligence toute féline, je suis sûr de l’avoir trouvé au quatrième étage, chez Rocé. La concierge m’a dit qu’il était prof de philo car il réfléchissait tout le temps, mais moi, je sais bien que c’est un artiste, un artiste qui voit et qui regarde loin !
L’autre soir, je me baladais dans son deux pièces à la recherche de ce fameux berceau pour pouvoir m’y coucher dedans. Quand je tombai museau à museau avec sa carte d’identité...« Rocé, vos papiers ! » aurait pu dire Ferré : José Kaminsky...je lis : né en Algérie, de nationalité argentine, père russe juif et blanc, mère noire algérienne musulmane ! A en perdre mon miaulatin ! Son univers m’intriguait de plus en plus...
Au pied de son lit, je découvrais des feuilles griffonnées d’images complexes, où le rappeur parlait sans équivoque de liberté sans se scléroser dans des dénonciations vaines, des pages entières où il se questionnait sur les fondements de l’identité, la sienne, mais aussi celle des français.
L’écriture était fine mais dure, elle ne ressemblait à aucune autre, chaque mot était pesé et emprunt d’originalité. Dernièrement, j’ai vu passer des musiciens de Jazz chez lui, Antoine Paganotti, le batteur de Magma, Potzi le guitariste de Paris Combo, Jacques Coursil aux cuivres free jazz, et Archie Shepp qui lui donne la réplique le temps de deux morceaux.
Rap, slam, jazz hip-hop... faut pas trop chercher à l’étiqueter Rocé, après il s’énerve, et puis comme il dit « Quand tu mets mon pied dans une case, sais-tu où l’autre se situe ? »