LOIC LANTOINE

D’ailleurs, c’est lors d’une soirée arrosée chez ces quatre hurluberlus que je me suis frottée à un poète au grand cœur et un contrebassiste au cœur grand. Loïc Lantoine et François Pierron. Ces inséparables habitaient l’immeuble depuis 2003 et tous les voisins les avaient déjà adoptés.
Ils avaient eux aussi un côté félin (pour l’autre). La dernière fois, j’entendis la voix rauque de Loïc au travers la porte. Il parlait d’un chat : un chat-grin, une sorte de chat sauvage au poil gris avec un cri plutôt triste et lugubre. Je ne connaissais que trop bien ce genre de matous, j’avais vécu une histoire d’amour avec l’un d’entre eux qui s’était mal terminée. "D’un chagrin j’ai fait un repos" disait-il "Humain, c’est joli après tout, c’est pas la fin c’est une pause, c’est juste que c’est la gueule au monde [...] on en a bouffé de l’immonde..."
Les boyaux, encore vivants de la contrebasse accompagnaient ces mots. J’étais captivé et ému par tant d’humanité. Tout d’un coup un type au regard clair, mal fagoté ouvrit la porte, c’était Loïc. Derrière lui, une contrebasse tentait vainement de cacher François.... Moi, encore bouleversé, je me sauvai sans demander la tendresse que j’étais venu chercher...
Je savais maintenant que leur musique en était pleine, comme elle était pleine aussi de révolte, de dérision et de rencontres. En dévalant l’escalier, je croisai une horde de musiciens bardés de guitares, de percussions étranges, de cuivres et de hautbois qui manquaient de m’écrabouiller...Je reconnus les Samarabalouf, Nosfell, Denis Charolles, Cédric Chatelain...Certains d’entre eux avaient visiblement décidé de partager la scène avec eux !