Julien Doré

Dimanche 31 mai à 19h
Le Fil


On croit savoir d’où sort Julien Doré. Il sort du poste de télévision. Là où il va, nul ne le sait, mais on peut être sûr que toutes les directions sont bonnes. À l’époque de sa jeunesse, c’est-à-dire aujourd’hui, il maîtrise déjà beaucoup de choses. Et l’on ne parle pas de son charme. On le saisit en écoutant ses chansons. Il a étudié l’art moderne et contemporain. Cela lui pèse un peu, mais il a compris que c’était un moteur d’une sacrée cylindrée. Il sait en particulier que la modernité a rendu délicat, au risque du kitsch, l’usage du lyrisme et de toute la petite famille un peu cucul des sentiments. Alors il invente des paravents, des leurres, qui relèvent tous de l’ironie et de l’idiotie. Cela va de sa barrette au grand écart entre Kinks et Alizée, de l’invention de tous ses enfants à celle de toutes ses enfances imaginaires, d’un premier album qui s’appelle Ersatz aux tatouages rendant hommage à ses divinités tutélaires Jean d’Ormesson et Marcel Duchamp.

Julien Doré s’est donné du champ pour ne pas être gêné par les voisins. Il n’est dans l’ombre de personne. Il s’est mis à l’abri de toutes comparaisons. C’est pour ça qu’il fait penser à des gens qui ne lui ressemblent pas. C’est très rare, et plus émouvant encore. Bouche Pute, par exemple, est comme la concentration en un point de toutes les chansons d’amour. Quelque chose a commencé. C’est grave et profond bien que fier de sa jeunesse. On reconnaît que ce n’est pas seulement une carrière, mais déjà une œuvre.

Album : Erstaz