De temps en temps, notre propriétaire accepte des demandes de location venue d’Estrangie...C’est ma copine la concierge qui m’a parlé de ce pays lointain, paraît que y’a plein de gens comme nous sauf qu’ils sont pas pareils...J’ai jamais vraiment compris le sens de sa remarque.
Cette année, pour la première fois on a vu débarquer un vrai américain d’Estrangie : Michael Jude Christodal, né il y a trente cinq ans dans les environs de Boston, avant d’émigrer à Los Angeles, « le pays des blondes fades et des rêves écrabouillés... » comme il dit. Lui aussi a étudié la philosophie (qui a dit que la philo ne menait à rien ?Elle mène à tout au contraire !), je me souviens de ça car lorsqu’il a emménagé, il a échappé un bouquin de Bernard-Henri Levy, et ma concierge m’avait expliqué que c’était ça la « fisolophie »...Bref, je décidai de m’acoquiner avec ce beau jeune homme.
Dans ses cartons à peine déballés mais remplis de papier à bulle, mon jouet préféré, je trouvai des disques d’Elliot Smith et de Brian Wilson, de Budy Holly et de Mac Cartney. Je trouvai aussi un journal intime dont il se servait visiblement pour écrire ses chansons, une guitare, un piano (qui dépassait un peu ), des tonnes de souvenirs et de mélodies graciles. Quand soudain, j’entendis une voix étrange, c’était lui !Je me cachai précipitamment derrière un gros bouquin de Tolstoï. La voix douce et unique de Jude se rapprochait, elle était claire, pure, frisant parfois le sublime quand il montait dans les aigus...
Je l’observai du coin de mes yeux bioniques, il avait comme une tristesse dans son regard : « Je suis un ange blessé, mais ne pleure pas car je volerai à nouveau » chantait-il . I am in love with you, lui ronronnai-je.