Le hasard fut que Jude ayant emménagé au second, il eut pour voisin un certain Jehro, qui parlait entre autre, la même langue que lui. Je me souviens du jour où il a débarqué chez nous. J’ai bien vu qu’il avait du mal à poser ses valises. Non pas qu’elles fussent pleines, elles contenaient tout au plus, deux ou trois vêtements, une guitare, quelques percus, et une paire de tongs dépareillées : l’une venait d’Angleterre, pays où il avait enrichit sa musique plus jeune grâce à des rencontres « cosmopolites » faites lors de nuits sans sommeil au milieu de squats ; l’autre tong qu’il ramenait du Panama, pays de soleil et de sourire par excellence, était espagnole...
C’est de ces deux langues (tongs en anglais) dont l’artiste se servait pour écrire. Les jours pluvieux, je me réfugiais chez lui à la recherche d’un peu de lumière. J’en trouvais beaucoup surtout grâce à ses mélodies reggae, simples et directes qui me faisaient balancer le derrière. Son appart n’était pas immense, jamais vraiment rangé.
En fait, il passait le plus clair de son temps sur le toit de l’immeuble, à écrire des petites histoires de vie, en s’intéressant plutôt à la condition de gens simples, humbles, à leur mélancolie, leurs joies, leurs questionnements et leur poésie.
Jehro avait reconstitué une parcelle de forêt tropicale sur le toit dont les plantes (qu’il me plaisait à souiller de temps à autre), rappelaient les Caraibes, le Cap-Vert, le Brésil, et même Marseille, la ville qui l’avait enfanté pardi. Après toutes ces années de galère, il avait bien mérité son p’tit coin de paradis !