Il a une façon de porter le costard qui ne le fera jamais ressembler à un bourgeois ou à un VRP. Plutôt à une sorte de dandy punk, à la classe dérangeante. Regard fixe à la Buster Keaton, sourire et réparties ironiques qui cachent mal une timidité à fleur de peau, David Lafore a 32 ans.
Tour à tour chanteur d’un groupe new wave, comédien dans une troupe de théâtre pour enfants, réalisateur d’un court métrage - « partout refusé » - et écrivain au roman en chantier, le Marseillais vient de sortir, avec son groupe Cinq Têtes, un premier disque qui impressionne.
Entre rock bastringue et jazz bancal façon Tom Waits, l’écriture est précise, resserrée, rythmée. Comme dans Le Coeur du pitre : « Mon triste coeur bave à la poupe / Et pousse un soupir général / Un vent vénéneux y défoule / Ses petites épines en rafales. »
Que le titre de cette chanson soit piqué dans les Poésies de Rimbaud en dit long sur les influences et les prétentions du chanteur. S’il est fasciné par Arthur, Lafore sera forcément comparé à Serge Gainsbourg, celui d’avant les yéyés, qui citait les poètes du XIXe siècle, et avec qui il partage cette façon singulière de détacher les syllabes, cette même scansion traînante. David Lafore... en gueule, en verbe, en émotion.