
Compositeur, rappeur et producteur français. Actif dans la sphère hip-hop depuis une quinzaine d’années, Wax Tailor s’est fait connaître à la tête du groupe la Formule. Depuis 2004 ses projets personnels reçoivent un accueil enthousiaste. Une expérience hip-hop originale où l’artiste fait se rencontrer le hip hop acoustique et groovy qu’il affectionne avec les atmosphères de bandes originales de films dont il est féru. Un son étonnant, captivant, et un artiste brillant qui maîtrise parfaitement le scratch, la culture du sample, l’art du mixage et de la composition. Wax Tailor est bien parti pour se faire un nom aux côtés des grands.

Dans mon immeuble, y’a une nana qui détonne un peu. Non pas par sa chevelure blonde, mais par un timbre de voix reconnaissable entre mille, à la fois doux et grave. Autour de Valérie, s’agitent des artistes comme Sébastien Lafargue ou Miossec. Autour de Valérie, vrombissent des volcans et sonnent des instruments plus ou moins orthodoxes : une guitare pendulaire aux colorations latines, des percussions légères, des frottements, un banjo...Moi, j’aime bien tourner Autour de Valérie.
Sa chambre est intime, cohérente, et chaude. Des fois, la température grimpe tellement que l’on se croirait au bord d’un volcan, d’un chaudron (caldeira en portugais, titre de l’album). Elle parle sans cesse de ce chaudron, dans lequel elle a préparé ses nouvelles potions...euh, chansons. J’ai cru que l’idée de venir habiter à Saint-Etienne l’avait inspirée, mais non, ce qui lui plaisait dans le chaudron c’était qu’il fallait s’en approcher de très près pour voir le bouillonnant spectacle, au risque de se brûler...Rien à voir avec des types en vert qui jouent au ballon...Quoique...
Autour de Valérie, et en bas de ses falaises, tombent des tourments et torrents amoureux comme L’eau du Gange. Ma voisine a l’élégance et la discrétion d’un chat, on se comprend facilement, juste à travers nos beaux yeux. La concierge ne cesse de me dire qu’elle s’appelle Lucie, et non Valérie. Je lui explique à chaque fois que
Autour de Lucie était le nom de son ancien groupe, et que, maintenant c’était au tour de Valérie...Elle a visiblement du mal à percuter !

Mon maître n’étant toujours pas revenu (je commence à me demander s’il ne m’a pas abandonné !) je m’installe parfois à son bureau, pour chatter sur le net à la recherche de quelques nouvelles rencontres félines. L’autre jour, un farceur dénommé Thierry Romanens s’est fait passé pour un matou afin de me séduire. Un personnage haut en couleurs mais tout de blanc vêtu comme les Alpes Suisses (son pays d’origine). A la lecture de son profil, je commençais à ronronner : dans la case métier, Thierry avait pratiquement tout coché : chanteur, bien sûr, comédien, humoriste, chroniqueur, musicien et même psychomotricien... A la rubrique "mon physique", l’Helvète avait inscrit : beau gosse quand même, bille de clown, mèche blonde rebelle, transpire autant que Johnny en étant beaucoup moins cher...Je compris vite qu’il avait un humour de m...d’humain ! Il n’avait rien à faire sur matou.fr. A la rubrique mauvaises habitudes, il avait aussi tout coché : un bon vivant me dis-je. Je me mis à écouter ses chansons, elles étaient ironiques et impertinentes. Fraîches comme des bonbons suisses. Je cliquais sur sa liste d’amis : Patricia Bosshard l’accompagnait au violon, à l’alto électrique, au piano, et à la grosse caisse. Wally Veronesi était à la guitare électrique et au laptop. Sarclo et Kent avaient également mis leurs pattes dans les textes. Il avait réussi son coup, le bougre. En un clic, je l’ajoutai à mes "coups de cœur" !

A peine arrivée, cette bande-là a vite fait comprendre à tout l’immeuble qu’elle allait changer notre façon de voir et d’entendre la musique. En effet, non contents d’avoir emprunté quelques-uns des plus précieux vinyles de ma concierge (chants d’oiseaux et autres raretés) les nouveaux du deuxième Broadway et Angil s’attelèrent à faire tomber la cloison qui séparait leurs réduits respectifs pour en faire un unique espace, vaste et nouveau avec tout l’électro(ménager) branché sur un seul compteur piraté. En 18 jours, cette séparation fut tombée, Angil et Fabb mes deux super-héros se retrouvèrent donc face à face, se balançant des joutes verbales mélodieuses, frisant la perfection dans l’harmonie des voix, le tout servi par une musique mêlant folk, hip-hop et électro. Une musique enivrante, originale, influencée par des groupes comme Why ou Fog agrémentée de bruits bizarres qui m’emportaient un peu plus loin chaque fois et toujours beaucoup plus tard...Et lorsqu’Eric a commencé à offrir des images à la musique de John, cela devint bien plus tripant que l’herbe à chat. Depuis ce jour, Angil, Fabb, Jan, Flavien, Gio VJ Raize et parfois Thom, tous de noir et de rouge vêtus, parcourent la France en corbillard (si, si, je l’ai vu garé en bas de l’immeuble). Un véhicule chargé de platines, de guitares, d’un piano, d’ordinateurs qui s’allument ou pas, de cuivres...et d’une histoire brillante et précieuse en forme de conte de fées qui forcément finira bien, si elle finit un jour : The John Venture.

Au deuxième étage vit un homme étrange, il se fait appeler Syrano, et doit avoir 25 ans. La concierge m’a dit qu’il s’appelait Sylvain et qu’il était fabricant de marionnettes, mais pas de celles qui font rêver les petits, plutôt des jouets mutilés et angoissants, paraît qu’il s’en sert de décor quand il est sur scène.
Son appartement ressemble à une chambre d’enfant macabre tapissée d’affiches de Tim Burton. Il passe ses journées à jouer avec les mots et vu qu’il est plutôt énervé, il fait du rap avec cinq de ses amis. Le phrasé est hip-hop, la musique balance sur des airs d’accordéon, de violons et de guitare.
Comme je manque toujours de tendresse dans ma vie, depuis que mon maître est parti, je grimpe l’étage qui nous sépare pour lui en demander, l’ascenseur étant toujours en panne à cause du fou du dernier étage. Syrano est en train de dessiner et de fabriquer des chansons, l’un n’allant pas sans l’autre. Il est dans sa bulle, à peine s’il me remarque.
A ses pieds, s’étalent des disques d’IAM, de Cypress Hill, de Brel et de Java. D’un coup il se lève l’air perdu, comme si je le ramenais à la réalité, puis il disparaît dans l’affiche de l’Etrange Noël de Mr Jack...la chambre est vide. J’en profite pour me faufiler à l’intérieur, tout est coloré et animé... chouette, y’a pleins de jouets !

CARTE BLANCHE A SALAMALEK PRODUCTION
SOIREE HALL C
GROSSO GADGETTO
Derrière ce patronyme fantaisiste se cache un très sérieux projet d’électro-hip-hop lyonnais. Le tout sonne comme un grand collage de breakbeats chaleureux, samples, scratches massifs rusés et novateurs ! Ils nous emmènent aux confins de l’électro et du hip-hop le plus sombre et expérimental, qui ne devrait pas laisser insensible les amateurs d’avant-garde !
WAX TAYLOR
Compositeur, rappeur et producteur français. Actif dans la sphère hip-hop depuis une quinzaine d’années, Wax Tailor s’est fait connaître à la tête du groupe la Formule. Depuis 2004 ses projets personnels reçoivent un accueil enthousiaste. Une expérience hip-hop originale où l’artiste fait se rencontrer le hip hop acoustique et groovy qu’il affectionne avec les atmosphères de bandes originales de films dont il est féru. Un son étonnant, captivant, et un artiste brillant qui maîtrise parfaitement le scratch, la culture du sample, l’art du mixage et de la composition. Wax Tailor est bien parti pour se faire un nom aux côtés des grands.
http://www.waxtailor.com/
LAB°
Il est souvent dit que « c’est sur scène que Lab° prend sa forme achevée » et leur dernière tournée ne déroge pas à la règle. Le groupe revient à un live plus brut, plus direct, où la lumière reprend ses droits scénographiques. Musicalement, leur dub-rock est à leur image : intègre, sombre, sincère, iconoclaste. Les musiciens ont su créer, au fil des albums et des tournées, un univers très particulier où se mêlent émotions fortes et apaisées surprenant toujours le spectateur, ou l’auditeur. Sur scène, cet univers se déploie en une bourrasque, un tunnel où votre esprit s’engouffre, où le corps se laisse lui aussi emporter car Lab° y développe tout à la fois une fraîcheur et une violence auxquelles personne ne reste insensible.
http://www.mille-milliards.com/#
AFTER SALLE CAPEB
LODUBAND
Loduband, c’est la rencontre inattendue entre le liveman de RedBong, Fab, et le saxophoniste de Gagadilo, Arno. Deux groupes phares de la scène stéphanoise. Les machines pulsent un son électro navigant du dub, au big beat, à la tek, auquel se mêlent les gammes jazz et orientales du sax, pour offrir un set iconoclaste.
FEDAYI PACHA
Fedayi Pacha fusionne dub et sons orientaux. Seul aux commandes, il mélange samples et musiciens invités, ordinateur et duduk (hautbois arménien)...pour tracer à grands coups d’effets sonores un paysage qui s’étire de l’Inde aux Balkans.
NATTY BASS
Un mix jungle composé d’un Dj et d’un batteur, soit un son ultra dynamique qui fait coexister avec bonheur les beats frénétiques de la Hard Tech, les sons poisseux de la Soul et les modulations subtiles de la Jungle.
http://www.nattybass.com/
L’ŒUF RAIDE
Avant de bidouiller les samples, Fred était chanteur du groupe hard-core punk Tong. Mais ses oreilles traînaient déjà du côté des musiques électroniques. Désormais lors des lives il est accompagné par un VJ, qui projette des images vidéos suivant un délire virtuel au diapason avec le son. La musique de l’oeuf raide, après être passée par l’electro-disco zarbie, le hip-hop, le big beat ou la jungle, a su trouver son propre style : l’électromelette !
http://www.loeufraide.free.fr/

Nos propriétaires reçoivent assez souvent des candidats à la location. Il y a quelques semaines, ils ont accueilli six nouveaux colocataires. Je les ai regardés emménager, avec un sourire narquois - ben quoi, je pouvais pas les aider, je ne suis qu’un chat !-Camille portait un clavier, pendant que Franck et Jean galéraient batterie et percussions de tout genre sur leurs dos, bras et cuisses.
Julien quant à lui se la coulait douce, une basse à la main, remontant tranquillement l’escalier jusqu’au quatrième étage. Ils se sont mis tout de suite au boulot. Une musique mêlant jazz et rap acoustique s’est doucement répandue dans la cage d’escalier, je commençais à dandiner de l’arrière train quand deux MC’s firent leur apparition, l’un portant juste son micro et les cheveux du suiveur, c’était Fisto. L’autre, 12Mé qui avait donc prêté sa chevelure au premier le suivait de près avec un déhanché impeccable.
Ca ne fait pas très longtemps que des rappeurs viennent s’installer dans l’immeuble, moi je les kif grave ouaich miaouch !Dès que j’ai connu leur nom de scène, je me suis précipité, toujours à la recherche de tendresse sur un bon vieux canapé, alors imaginez ! Un sofa ! Mais arrivé à la porte, j’entendis des paroles un peu moins tendres qui me firent décamper... « Marianne/Entre les lignes de ces mots rassis/J’t’ai mis dans le même sac que ta cousine Démocratie/Une bonne paire d’allumeuses, qui aguichent [...] En émoi devant cette foule d’hommes polis qui triquent/Et rêvent de s’engouffrer dans ta raie publique"

Shaman Tribu
(Rock)
Les six membres du groupe Shaman Tribu n’ont pas été bercés par Chantale Goya mais plutôt nourris aux seins de Led Zeppelin, des Doors ou des Rage. Leurs rythmiques impressionnantes vont puiser dans l’énergie de la terre et dans la force du métal, avec une identité et une beauté scénique troublantes. Du rock à l’état pur qui nous fait sentir un peu plus proche de l’essentiel.
www.shamantribu.fr/

Mon voisin de palier est un grand type plutôt discret mais d’1,95m tout de même, qui a intégré l’immeuble il y a deux ans. Il se fait appeler Saule mais la concierge m’a dit que sur sa dernière facture EDF, elle avait lu le nom Baptiste Lalieu. Je crois qu’il vient de Belgique, l’est plutôt beau gosse, bien que je préfère les chats ! 29 ans et un timbre de voix langoureux.
Un jour, je me suis décidé à gratter à sa porte prétextant un manque de tendresse dans ma vie, m’a pas fait rentrer chez lui...trop de bazard qu’il disait.
Par l’entrebâillement, j’aperçus des cahiers à spirale et des post-it éparpillés dans son studio, tout semblait griffonné de jolis mots inspirés de son regard d’enfant. Il a un petit air timide Saule mais je crois qu’il cache bien son jeu, c’est un rigolard...Sur les murs je vois des affiches de lui, assurant les premières parties de Cali, Jacques Higelin ou Bénabar... Suis impressionné ! Une guitare est posée sur les mots, ses musiciens, les Pleureurs, ne sont pas là aujourd’hui, alors il s’accompagne à la guitare...
Des disques de Matthieu Boogaerts et de Dominique A jonchent le sol, c’est un peu le fouillis, encore un poète lunaire miaulai-je... !

Sabaly
(World)
Né de la rencontre entre Issouf Mounkoro, artiste burkinabé, et d’autres musiciens issus de la scène rock, funk et reggae, Sabaly est un groupe de world music où le balafon ou le n’goni côtoient basses, guitares et batterie. Le tout sur scène donne un cocktail épicé et métissé, prêt à exploser si on y ajoute un peu de chaleur et de sueur.
http://sabaly.free.fr/

Le monsieur du quatrième dit s’appeler Romain Didier et prétend même être musicien. Perso, je n’y crois pas trop. Ben oui, ça ne peut être qu’une couverture, car avec cette allure d’ambassadeur et ce carnet d’adresses digne d’un ministre, moi je le vois plutôt en super héros, prêt à rendre des services au monde, à lui livrer des secrets. Ah c’est sûr que s’il avait fait de la musique, il aurait commencé par le piano-bar, au café des artistes en bas de l’immeuble, puis il aurait travaillé avec des gens comme Allain Leprest, Nery, Enzo-Enzo, Pascal Mathieu. Il aurait sûrement fait des opéras pour enfants comme Pantin-Pantine ou Pinocchio court toujours...Il aurait eu certainement la classe, l’intelligence et la beauté d’un grand artiste ! Il fallait que j’en aie le cœur net. J’entrai donc par effraction chez lui. Il régnait dans son doux foyer une sorte de pessimisme serein, de patience instruite. La température était pudique et belle. Depuis 25 ans qu’il vivait ici, nombre de sentiments avaient élus domicile chez lui : des amours perdus, la vieillesse, le printemps, les vacances, tous les temps du cœur, celui en liesse, celui brisé. A la recherche d’un reste de nourriture, je mis le museau dans sa vie pour tomber sur un tas de partitions et sur plus de deux cents chansons ! Il cachait bien son jeu ! C’était bel et bien un artiste, un poète discret au talent fou, et non l’inverse !

Tandis que certains historiens tergiversent à propos du berceau de l’humanité, moi, malgré mon intelligence toute féline, je suis sûr de l’avoir trouvé au quatrième étage, chez Rocé. La concierge m’a dit qu’il était prof de philo car il réfléchissait tout le temps, mais moi, je sais bien que c’est un artiste, un artiste qui voit et qui regarde loin !
L’autre soir, je me baladais dans son deux pièces à la recherche de ce fameux berceau pour pouvoir m’y coucher dedans. Quand je tombai museau à museau avec sa carte d’identité...« Rocé, vos papiers ! » aurait pu dire Ferré : José Kaminsky...je lis : né en Algérie, de nationalité argentine, père russe juif et blanc, mère noire algérienne musulmane ! A en perdre mon miaulatin ! Son univers m’intriguait de plus en plus...
Au pied de son lit, je découvrais des feuilles griffonnées d’images complexes, où le rappeur parlait sans équivoque de liberté sans se scléroser dans des dénonciations vaines, des pages entières où il se questionnait sur les fondements de l’identité, la sienne, mais aussi celle des français.
L’écriture était fine mais dure, elle ne ressemblait à aucune autre, chaque mot était pesé et emprunt d’originalité. Dernièrement, j’ai vu passer des musiciens de Jazz chez lui, Antoine Paganotti, le batteur de Magma, Potzi le guitariste de Paris Combo, Jacques Coursil aux cuivres free jazz, et Archie Shepp qui lui donne la réplique le temps de deux morceaux.
Rap, slam, jazz hip-hop... faut pas trop chercher à l’étiqueter Rocé, après il s’énerve, et puis comme il dit « Quand tu mets mon pied dans une case, sais-tu où l’autre se situe ? »

Ma langue est rêche comme celle de mon voisin du cinquième Ridan. Ma concierge m’a dit l’autre jour que c’gars là était arabe, alors moi j’ai cherché où se trouvait l’Arabie sur le planisphère de mon maître et j’ai pas trouvé...Peut-être qu’elle voulait pas parler de son pays d’origine ! Peut-être que ça voulait dire autre chose ? Mais quoi ? Bah, z’ont un langage compliqué ces humains parfois, trop de sous-entendus pour moi ! Le prénom de mon voisin se lit dans les deux sens, après tout l’origine est une question de point de vue, me dis-je ! Ridan ou Nadir, le "rêve ou la vie" l’ange ou le démon...Mon voisin aimait jouer avec les contradictions et les idées reçues. Quand j’ai expliqué à ma concierge qu’il faisait de la chanson française : elle ne m’a pas cru, parce qu’il était arabe qu’elle me répétait encore...Ah !bon ! Je décidai d’en savoir plus sur lui. Je me mis donc à lire ses textes et sa vie de gauche à droite puis de droite à gauche...C’est vrai que ça n’avait pas le même sens. Une phrase retint mon attention : "le verbe de Ridan mord, sa mélodie caresse" Chien ou chat ? Peu rassuré, je pris mon courage à deux pattes pour me rendre chez lui. Je pensais préférer la caresse à la morsure, mais là encore, tout est question de point de vue et de sens de lecture. J’entendis à travers sa porte, des sons mêlant reggae, rap et chanson, des instruments mêlant violon, guitare et électro, des textes mêlant spleen, colère, espoir et poésie urbaine. Captivé par tant de richesses, je dévalai l’escalier pour que ma concierge vienne écouter...Je la trouvai, plantée devant la télé, comme émerveillée, elle écoutait un petit homme vilain parler de l’échec de l’intégration, et de français qui ne l’étaient pas tout à fait quand même...etc., bla, bla bla...Je comprenais décidément rien aux humains !

Ce matin-là, comme tous les autres matins, je procédais à ma toilette minoutieuse. J’avais la gueule de bois. Je me débarrassais de toutes les mauvaises ondes politiques accumulées dans le week-end. Après tous ces entrechats je commençais à confondre ma droite et ma gauche. J’avais besoin de calme et de poésie. Je savais que mon voisin du dessus préférait "aux voisins les voisines" ce qui n’était pas pour me déplaire, et qu’il pouvait de sa voix caresser mon poil dans le bon sens. Je me dirigeai à pattes de velours vers sa piaule. Elle était chaude, en ordre et remplie de souvenirs palpables : des chansons de Nougaro et Brassens, des années de conservatoire, les embruns de sa Bretagne natale. Au-dessus de son lit, flottaient des nuages de petites histoires inventées, de tendresse partagée. Des textes où chacun pouvait se retrouver. Un piano, un saxo, une guitare paraient ses murs blancs de plumes. Renan était une feuille échappée de son arbre, qui n’oubliait pas pour autant ses racines. Renan était un fruit rafraîchissant et savoureux, ou alors un chat comme moi, mais pas de la même race, ce devait être un chat Toyant, on n’en voyait de moins en moins par chez nous ! Des disques allant de Bob Dylan à Emily Loizeau traînaient un peu partout, ce chat là était très sensible aux voix. Pensant avoir trouver mon âme chat-sœur, j’étais troublé. Et c’est à cet instant qu’il se mit à chanter :" Je suis comme un chien mouillé/ Qui peut s’prendre tous les coups/ Les plus belles dérouillées/ Et suivre son maître partout..." Un chien ?! Zut alors ! Encore raté !

Les guitares des Flynn ayant fragilisé jusqu’au crépi de l’immeuble, je commençais à me faire du souci pour l’habitation toute entière… D’un peu partout, la colère et le son des machines grondaient. Impossible de passer mes journées et encore moins mes nuits à dormir. Tout d’un coup, je vis arriver une horde de mecs dont le leader Philippe Prohom au physique imposant me rassurait. C’était sûrement les proprios qui les avaient envoyés pour remettre de l’ordre dans l’immeuble. Je me mis donc comme toujours entre les pattes des nouveaux arrivants. Et là, ce fut le début du chaos. Je reçus des coups de baguettes par François, Frédéric essayait de m’étriper avec sa basse, Arnaud commença à me riffer avec sa guitare, tandis que Christian me poursuivait avec ses machines infernales…Sans le vouloir, ceux que je prenais pour des redresseurs de torts projetèrent dans tout l’immeuble, un mélange osé et exalté de rock, d’electro et de chanson. Ils n’étaient pas là visiblement pour refaire le crépi de la façade…mais plutôt pour s’attaquer aux fondations mêmes. Je sentais la fin approcher.

Depuis que le Café des Artistes avait fermé en bas de l’immeuble, la rue était devenue un peu moins mal famée, enfin c’est ce que je croyais, si bien que la concierge me laissait sortir, même tard le soir, pour aller traîner draguer quelques âmes en peine. Or ce soir-là, la porte du bistrot était entrouverte...
A l’intérieur, je découvris un monde étrange, imaginé par le rappeur Oxmo : J’étais au Lipopette Bar ! Derrière le comptoir, Tookie, le barman contrebassiste de son vrai nom Marcello Giuliani, la mine suspecte, essuyait ses verres en écoutant d’une oreille distraite les peines de cœur de ses clients. Accoudé au comptoir, c’était le bookmaker, Barbie ou Ludovic Bruni, lunettes en verre fumé, un guitariste de génie. Il était accompagné de son homme de mains Yago, autrement appelé Vincent Taeger, le batteur, qui ne le lâchait pas d’une semelle.
Au fond du bar, au piano, s’activait Pile Ali, alias Vincent Taurelle , un jazzman talentueux, qui avait mal tourné. Posés sur le bastringue, un verre de whisky et un flingue....Je décidai de ne pas m’approcher ...
Soudain, un type au regard noir et aux joues creusées fit irruption dans le bar et entama une partie de poker avec d’autres types aux mines patibulaires...C’est alors que...j’aurais bien aimé vous conter la suite mais je sentis une pointure 46 sur mon arrière train, me projetant hors du Lipopette ! C’était Black Popaye, alias Oxmo, le videur, qui visiblement ne voulait pas que j’assiste à la suite...
J’écoutais donc de l’extérieur la musique des Jazzbastards où se mêlaient rap et jazz, histoires de vies inventées, des portraits de personnages qui se croisaient, et des coups de pied qui se perdaient !Quel panard !

Au cinquième étage, depuis plus de vingt ans, vit un homme à la vie et au tempérament extraordinaires. Ancien VRP, il sillonnait les routes proposant une scène alternative mêlant colère et dérision, puis il entra dans les ordres, chez des Nonnes Troppo (peu) catholiques. Entre temps, l’homme aux mille visages, comme dit ma concierge (elle est devenue un peu poète depuis qu’elle s’occupe de cet immeuble !) a réalisé des films d’animation, des mises en scène (Romain Didier, Enzo-Enzo, Olivia Ruiz...), et puis il a beaucoup voyagé ce veinard, certainement une source d’inspiration pour ses chansons. En 1999, Néry décida d’habiter seul pour devenir conteur d’histoires sensuelles avec sa voix chaude et grave. De là, s’en sont suivi des tournées, où il embarquait le public dans des aventures folles et originales. L’autre soir, au cours d’un apéro musical chez les Ogres, ou je m’étais agilement faufilé, il fit la rencontre de la Fanfare du Belgistan avec qui la fratrie venait d’achever une tournée...La nuit fut magique, cuivrée et électrique. Depuis ce jour, les Belges squattent chez Néry et je peux vous dire que leur musique déménage ! Ils ont eu la bonne idée de faire un spectacle ensemble, avec la complicité de Matthieu Chédid, lui aussi ancien locataire devenu propriétaire.

CARTE BLANCHE AU CHANTIER DES FRANCOS
Pour la première fois, le Festival Paroles et Musiques s’associe aux Francofolies de La Rochelle en proposant deux artistes issus des" Chantiers". Le Chantier des Francos propose des ateliers de perfectionnement scénique à de jeunes artistes émergents (chanson, rock, folk, pop, hip hop, slam…) Les ateliers ont lieu toute l’année à La Rochelle. Depuis 1998, plus de 250 formations ont participé à ces ateliers…parmi eux : Souad Massi, Cali, Syrano, Imbert Imbert, Batlik, Mell, Emily Loizeau, De Rien, Pauline Croze, Nicolas Jules, Marie Cherrier, Prohom, Mr Roux , Les Grosses Papilles…
Sous ses airs de gendre idéal un peu benêt, Mr Roux pourrait être un de ces nouveaux artistes de la nouvelle scène de la nouvelle chanson française. Mais il y a chez lui un sourire en coin et une folie dans le regard qui transpirent sous les mélodies légères et en font un chanteur à part. Avec la jubilation d’un gamin mal élevé à qui on aurait mis un micro dans les mains, Mr Roux dézingue tout ce qui passe, ne respecte rien et rit de tout, à commencer de lui, mais aussi des autres, les petits rastas, les vieux cons, le bon Dieu et la vie qui est une farceuse... Mais peut être parce qu’il aime les pets au casque et les araignées qui courent au plafond, il y a aussi beaucoup de tendresse dans ces portraits au vitriol.
Et si l’on rit souvent, on peut aussi se laisser toucher par ses personnages un peu paumés, un peu à l’ouest, un peu comme nous finalement. Des chansons méchantes où les gentils gagnent à la fin .Un trio mené avec brio par Brandon Michel à la contrebasse, Jauni Bernardo au banjo, guitare électrique et acoustique et bien sûr le breton Monsieur Roux qui s’arme d’un yukulélé ou d’une guitare pour agrémenter ses facéties.

H-Burns laissa donc la place et la guitare à Mickaël Furnon, chanteur des Mickey 3D, qui entra le regard mi-serein, mi-inquiet dans la pièce… Il avait l’air d’avoir perdu quelque chose, et en même temps, son assurance disait le contraire. Mickey avait l’habitude de chanter sur des scènes gigantesques, mais depuis peu, il avait retrouvé des "chansons perdues", perdues entre deux tournées (pas d’apéro !) et des succès mérités.
Il n’avait pas abandonné Nadja et Jojo mais juste le son pop rock de son groupe pour renouer avec ses premières amours, celles des paroles griffonnées sur du papier à carreau et des mélodies composées lors de soirées entre potes ou d’errances solitaires. Il arrive Mickey, encore plus vrai que nature, plus nature que nature…
Il ose, seul avec sa guitare, nous délivrer des chansons touchantes, tout en n’oubliant pas celles qui ont fait le succès de son groupe ! Une mise à nu totale (hum…), pas un strip-tease, non, juste une scène partagée, chacun son tour, épurée et folk à souhait. Quand Mickey (tout seul) eut fini, je m’avançai d’un pas hésitant vers la guitare, pensant que mon tour était aussi venu. Je posai une patte délicate sur les cordes, mais à leur contact, je me mis à détaler, c’était des boyaux de chat ! Quelle horreur ! J’aurais du m’en douter, pour avoir un son aussi parfait !

Au premier vit un lyonnais, qui s’est déclaré seul dans l’appart mais la concierge m’a affirmé qu’il avait fait ça pour avoir plus d’alloc.
En réalité, ils sont des fois quatre à s’entasser dans le deux-pièces et plus souvent deux : Matthieu donc, et son pianiste Pierre Fayet. Je me souviens du jour où ils ont essayé de mettre le quart de queue dans l’ascenseur, qui ne fonctionnait pas d’ailleurs…C’était drôle.
J’ai vite appris à connaître mon nouveau voisin car comme moi, il était chat. Un curieux mélange de deux races, moitié chat Pitre, moitié chat Mot. Le mélange des deux est détonnant surtout chez l’humain. Matthieu est un farceur, une sorte de Peter Pan pervers qui tire sur tout ce qui bouge mais avec élégance, il n’arrête pas de me faire des blagues en cherchant l’œil complice de son pianiste. Hier, au cours de ma toilette intime, il chat-riait Pierre en lui disant : "s’il se nettoie, c’est donc ton frère." ( !) Mais le jeune homme est aussi poète et fin observateur quand il s’agit de parler d’amour, une graine d’auteur proche d’un Leprest ou d’un Bénabar. Je l’entends très souvent sauter sur son plancher, il est monté sur ressorts le gars, gouailleur et volubile, tel un chat Rlot qui ne laisse rien passer surtout pas ce que les humains aiment à cacher.

Alors que je roupillais légitimement après une bonne nuit de sommeil ( !), je fus réveillé par un son de guitare et une voix féminine venue de la rue. Une voix chaude, puissante et rauque. Une voix qui sentait le Sud, celui de la France et celui de l’Amérique. Ses chansons en espagnol, en français et en anglais avaient quelque chose d’universel. Je jetais un œil par la fenêtre, et j’aperçus la belle Marianne, chanteuse et fondatrice du groupe Ginkobiloba ! Incroyable ! Je décidai de prévenir les proprios, fallait absolument lui filer une piaule dans l’immeuble ! Cette nana savait tout faire et surtout tout donner. Moi j’étais persuadé qu’elle faisait cela dans le simple but de réunir la terre toute entière. C’était un être humain après tout ! Quand les proprios ont su qu’elle jouait seule à la guitare, je les ai vu débouler, cigare et grosses bagouzes aux doigts pour lui proposer d’être le fil rouge de la fête de l’immeuble, et de jouer un peu partout pendant cinq jours, ce qu’elle accepta avec joie. Miaouwww !!! J’appelai tous mes copains chats du Bengale, de Birmanie, de Perse, d’Europe et des gouttières alentours. Sûr qu’on allait avoir des caresses et des truites saumonées cette année. C’était pas la fête de l’Huma, mais celle de l’humanité qui se préparait !

Je dois bien avouer que pendant quelques temps, j’ai eu un peu peur de la locataire du deuxième. Les voisins n’arrêtaient pas de répéter qu’elle avait du chien et ce n’était pas pour me rassurer. Puis un soir, je l’ai vu descendre vers les caves avec trois amis à elle, Pierre-Antoine Combard, Pierre-Louis Basset, David Boutherre et tout un tas de grosses caisses lourdes. « Etrange... » me dis-je en m’étirant après cette septième heure de sieste méritée.
Dès les premières notes de guitare, qu’un Joe Strummer n’aurait pas renié, la moitié du crépi de la façade dégringola en un nuage de poussière sur les troènes.
Je courrai me réfugier au dernier étage, lorsque j’entendis la voix de mademoiselle Katerine partir à ma poursuite. Je n’en revenais pas. Quelqu’un d’autre ici savait miauler ! Et non contente de maîtriser à merveille toutes ces gracieuses inflexions félines, cette demoiselle savait aussi user des mots, toutes griffes dehors pour crier ses colères, ses désirs, mais également avancer à pas feutrés au milieu des désillusions et des secrets. J’étais conquis.
Depuis ce jour, je monte souvent chez elle pour avoir un peu de rock et beaucoup de roll à laper, en nourrissant l’espoir qu’elle me prenne en première partie de ses concerts !

Ma langue est râpeuse, celle de mes voisins du troisième est rappeuse aussi. Nous étions Samedi 5 mai...la veille du deuxième tour des présidentielles. Ma concierge n’avait pas toujours pas décollé de la télé. Il régnait une atmosphère étrange, électrique, comme si un grand bouleversement allait se produire !!! Ma qualité de chat me permettait de sentir bien avant les autres le tremblement de terre qui se préparait ! Quand tout à coup j’entendis, à grand renfort de samples hip-hop, de violons arabo-andalous, et d’accordéon franco-tzigane, un refrain repris par cinq trouble fêtes : "Debout là d’dans !" qu’ils hurlaient ! "Prend ce nouveau son comme une invitation à la révolution" Et hop, ni une ni deux, j’enfilai ma tenue de combat, mini casquette et mini pancarte à la main pour rejoindre le cortège dans l’escalier. Je vis que tous mes voisins commençaient à les rejoindre. Ca suait et ça guinchait à tous les étages ! Le Ministère des Affaires Populaires, débarqué tout droit du ch’nord de la France et de l’Algérie avait décidé de prendre le pouvoir par la musique et par un franc-parler qui avait beaucoup manqué à nos vies durant ces mois de campagne. Je m’étais mélangé à la foule, manquant de me faire écraser, en me dandinant au son de ce rap populaire et dérangeant. J’interpellais ma concierge au passage, à ma grande surprise, elle décrocha de sa télé pour nous rejoindre ! Tout n’était pas perdu !

D’ailleurs, c’est lors d’une soirée arrosée chez ces quatre hurluberlus que je me suis frottée à un poète au grand cœur et un contrebassiste au cœur grand. Loïc Lantoine et François Pierron. Ces inséparables habitaient l’immeuble depuis 2003 et tous les voisins les avaient déjà adoptés.
Ils avaient eux aussi un côté félin (pour l’autre). La dernière fois, j’entendis la voix rauque de Loïc au travers la porte. Il parlait d’un chat : un chat-grin, une sorte de chat sauvage au poil gris avec un cri plutôt triste et lugubre. Je ne connaissais que trop bien ce genre de matous, j’avais vécu une histoire d’amour avec l’un d’entre eux qui s’était mal terminée. "D’un chagrin j’ai fait un repos" disait-il "Humain, c’est joli après tout, c’est pas la fin c’est une pause, c’est juste que c’est la gueule au monde [...] on en a bouffé de l’immonde..."
Les boyaux, encore vivants de la contrebasse accompagnaient ces mots. J’étais captivé et ému par tant d’humanité. Tout d’un coup un type au regard clair, mal fagoté ouvrit la porte, c’était Loïc. Derrière lui, une contrebasse tentait vainement de cacher François.... Moi, encore bouleversé, je me sauvai sans demander la tendresse que j’étais venu chercher...
Je savais maintenant que leur musique en était pleine, comme elle était pleine aussi de révolte, de dérision et de rencontres. En dévalant l’escalier, je croisai une horde de musiciens bardés de guitares, de percussions étranges, de cuivres et de hautbois qui manquaient de m’écrabouiller...Je reconnus les Samarabalouf, Nosfell, Denis Charolles, Cédric Chatelain...Certains d’entre eux avaient visiblement décidé de partager la scène avec eux !

Pas très loin des Ogres pour la musique, et de Syrano pour les marionnettes, vivent deux drôles d’humains abandonnés dans notre immeuble il y a plus de dix ans par leurs parents. Ils auraient pu être frère et sœur par leur côté attachés et attachant, ils auraient aussi pu être mari et femme, pour toutes les mesquineries et autres croche-pattes qu’ils s’envoient sur scène.
Ils auraient pu aussi être des enfants, car leur univers est rempli de couleurs, de marionnettes et de petits joujoux qui font du bruit. Ils auraient pu être artistes, et remplir toutes les salles de bonne humeur. Ils auraient pu écrire des chansons légères, drôles et émouvantes en touchant à une dizaine d’instruments de musique. Mais non Axel et Sophie sont juste…Roannais. Ils ne veulent pas l’avouer mais grâce à eux, la ville de Roanne va beaucoup mieux : le chômage a baissé deux fois plus à Roanne que dans les restes du pays, le commissariat de l’Armée de Terre de la ville a embauché 180 nouvelles recrues. Grâce à eux encore, une convention pour l’ouverture d’une classe foot a été signée, et la Mairie a désormais son propre site internet. Mais surtout grâce aux Tit’Nassels, Roanne est devenue la quatrième ville la plus sûre de France ! Merci les Tit’Nassels ! Promis, dès que les chats auront le droit de donner leur langue à des humains, je voterai pour vous !

Ce matin en ouvrant la boîte aux lettres de mon maître, toujours absent, je trouve un prospectus anonyme indiquant que du 5 au 12 mai aura lieu la fête de l’immeuble...Quoi ? Huit jours de fiesta ? Avec tous ces voisins bizarres ? Je vérifie d’un œil discret mais curieux les boîtes de mes voisins : l’une est pleine à craquer, doivent pas être souvent là ceux-la...
La concierge m’interpelle : « Ah cette famille ! Toujours sur les routes ! » Alice, Mathilde, Sam et Fred n’ont d’ogres que le nom. Ils habitent l’immeuble depuis plus de dix ans. Des frères et sœurs bercés par la musique de Brassens, de Brel, puis plus tard de Renaud (quand il habitait encore l’immeuble) et des Têtes Raides. Sont rarement chez eux les frangins, avec 150 concerts par an et des activités parallèles innombrables...Par contre dès qu’ils reviennent, c’est la fête au troisième, Alice sort son violoncelle, Mathilde s’assoit au piano, tandis que leurs frères se font passer guitare, violon ou accordéon.
Et là, ils ne s’arrêtent plus, virevoltant d’airs tziganes festifs en chansons anarco-libertaires bien senties. Ils sont rarement seuls dans leur six pièces, toujours un lit pour accueillir les potes : Néry, La Rue Kétanou, les Hurlements de Léo, Debout sur le Zinc, la Fanfare du Belgistan (qui squatte en ce moment chez Néry au cinquième étage).
Une drôle de famille...tiens, je me demande si le tract concernant la fête de l’immeuble ne viendrait pas d’eux...

CARTE BLANCHE AU CHANTIER DES FRANCOS
Pour la première fois, le Festival Paroles et Musiques s’associe aux Francofolies de La Rochelle en proposant deux artistes issus des" Chantiers". Le Chantier des Francos propose des ateliers de perfectionnement scénique à de jeunes artistes émergents (chanson, rock, folk, pop, hip hop, slam…) Les ateliers ont lieu toute l’année à La Rochelle. Depuis 1998, plus de 250 formations ont participé à ces ateliers…parmi eux : Souad Massi, Cali, Syrano, Imbert Imbert, Batlik, Mell, Emily Loizeau, De Rien, Pauline Croze, Nicolas Jules, Marie Cherrier, Prohom, Mr Roux , Les Grosses Papilles…
Les Grosses Papilles ce sont d’abord quatre gueules au cœur d’une mise en scène détonante. Une sorte de mélange de sonorités (entre la musique tsigane et le punk), un pot-pourri de bruits, de notes, les unes faites avec des instruments, mais les autres avec la bouche… Les Grosses Papilles, ce sont des textes au vocabulaire bizarrement utilisé, des couplets écrits avec des mots utilisés comme des notes… Bref, c’est ce genre de groupe qui avec un peu de tout et de n’importe quoi est capable de faire des chansons… Des chansons déjantées construites autour d’étonnantes sonorités que peut proposer la langue française quand on la connaît bien et qu’on sait composer les mots les uns avec les autres…« C’est dans la langue que tout commence » disent-ils. Bref, un univers riche et pour le moins original qu’ils nous offrent depuis maintenant presque 5 ans. C’est dans la langue que tout commence là où les mots s’y entortillent
…Enfin, les Grosses Papilles sont peut être une forme de résistance subtile et discrète dont il faudrait aussi étudier les formes politiques contre les alternatives conflictuelles ou les injonctions du consensus médiatique ( !)Les Grosses Papilles vivent dans un monde bien à eux mais laissent la porte grande ouverte. Alors avancez-vous, et venez donc leur rendre une petite visite !

LES COUPS DE POUCE PAROLES ET MUSIQUES
Les cinquièmes Coups de Pouce Paroles et Musiques destinés à la scène ligérienne se tiendront le Dimanche 6 mai à partir de 15h sous le chapiteau du Magic Mirrors, place Chavanelle. Un jury de professionnels s’est réuni au début du mois de février pour sélectionner sur écoute 4 groupes, tous styles confondus, représentatifs des musiques actuelles de la Loire. Attention, pour la première fois, nous ne parlerons plus de tremplin mais de scène découverte puisqu’il n’y aura plus de prix attribués. Les groupes se produiront dans des conditions professionnelles devant un large public.
ENTREE GRATUITE (dans la limite des places disponibles / Billets à retirer à la Salle Jeanne d’Arc)
12Mé et Raph
(Hip-Hop)
Ce duo est composé d’un Mc 12Mé membre du collectif Hasta Siempre et du groupe rap-jazz Sofa So Good et Raphaël un saxophoniste spécialisé dans le jazz-afro cubain. L’union de ces artistes donne un mélange savoureux de rap conscient et introspectif, loin des clichés, et de subtiles mélodies jazzy mises en lumière par un saxophoniste averti.
www.myspace.com/12meraph
Sabaly
(World)
Né de la rencontre entre Issouf Mounkoro, artiste burkinabé, et d’autres musiciens issus de la scène rock, funk et reggae, Sabaly est un groupe de world music où le balafon ou le n’goni côtoient basses, guitares et batterie. Le tout sur scène donne un cocktail épicé et métissé, prêt à exploser si on y ajoute un peu de chaleur et de sueur.
http://sabaly.free.fr/
Shaman Tribu
(Rock)
Les six membres du groupe Shaman Tribu n’ont pas été bercés par Chantale Goya mais plutôt nourris aux seins de Led Zeppelin, des Doors ou des Rage. Leurs rythmiques impressionnantes vont puiser dans l’énergie de la terre et dans la force du métal, avec une identité et une beauté scénique troublantes. Du rock à l’état pur qui nous fait sentir un peu plus proche de l’essentiel.
www.shamantribu.fr/
Karlit&Kabok
(Hip-Hop)
Karlit, 27 ans, chômeur, hétérosexuel et célibatard, crie, chante, rappe, ironise sur sa vie d’occidental. Kabok c’est autre chose : un fil a couper l’beurre en guise de corde vocale, la jovialitude d’un éléphant du "parc de la tête d’or", mais c’est bien aussi. C’est entre les Béruriers Noirs, NTM et Chevalier & Laspalès. C’est un peu la compagnie créole mais avec des cagoules. C’est comme de la musique mais en mieux. C’est surtout à ne pas rater sur scène !
www.karlitetkabok.com/


Il est souvent dit que « c’est sur scène que Lab° prend sa forme achevée » et leur dernière tournée ne déroge pas à la règle. Le groupe revient à un live plus brut, plus direct, où la lumière reprend ses droits scénographiques. Musicalement, leur dub-rock est à leur image : intègre, sombre, sincère, iconoclaste. Les musiciens ont su créer, au fil des albums et des tournées, un univers très particulier où se mêlent émotions fortes et apaisées surprenant toujours le spectateur, ou l’auditeur. Sur scène, cet univers se déploie en une bourrasque, un tunnel où votre esprit s’engouffre, où le corps se laisse lui aussi emporter car Lab° y développe tout à la fois une fraîcheur et une violence auxquelles personne ne reste insensible.

Au troisième étage, un explorateur vit dans le dénuement artistique le plus complet : une voix, des pédales Delay, un micro, des grelots et un djembé...
Mes oreilles super bioniques furent attirées par des sons bizarres qui sortaient de chez lui, je m’en fus donc gratter à sa porte : Je découvris avec joie que Khalid K savait parler chat : Il me dit : « Bienvenue dans ma tête ! ».
Et de là, s’en suivi une longue conversation où l’artiste, en conteur d’histoires, m’emmena en voyage avec lui : « Je suis un chanteur oriental, quelque part dans un désert. Je suis un orchestre de jazz avec des choristes et un trompettiste. Je suis le chef indien, je suis sa tribu et je pleure sur le chant de guerre. Je suis dans la jungle avec des bêtes sympathiques ou féroces. Chanter au milieu d’elles me met en transe... »
Je poussais des miaulements d’enthousiasme... « Je suis dans un temple tibétain et le chant diaphonique m’emporte sur un plateau de rizière, je suis un samouraï...Je suis dans une boite, ma boite et je me fais une fête à moi tout seul... » je ronronnais de plaisir... « Je suis dans une campagne bavaroise avec un chat, un chien, une vache, une amoureuse, un coq. Le son d’une femme berbère et le bavarois devient de l’Arabe... »
Je l’aurais écouté pendant des heures, mais comment faisait-il ? Pour me faire voyager sans mots, juste avec sa voix, et quelques instruments... En partant, encore bouleversé, je croisai la concierge qui me raconta que Kên, le fils de M. Higelin, le fou du dernier étage, avait mis tout cet univers en scène...Entre fous, ils se comprennent ces humains, c’est sûr !

Ce matin-là n’était pas comme les autres, mon instinct animal soupçonnait des événements imprévus. Depuis quatre ans que le trio parisien de Karpatt vivait dans l’immeuble, personne n’avait eu à se plaindre de leur comportement : une musique festive, deux guitares et une contrebasse, des textes engagés et bien écrits et puis un capital bonne humeur et sympathie très communicatif.
C’était souvent que je les voyais boeuffer (normal, pour des gens qui pratiquent l’amour vache !) avec les Ogres, les Blérots, Debout sur le Zinc où les Joyeux Urbains...Mais depuis quelques temps, à chaque fois qu’ils me voyaient, je sentais se poser sur moi des regards envieux voire concupiscents.
Que me voulaient-ils ces zigotos ? Je décidai de débrouiller cette histoire rapidement. Je m’approchai discrètement de leur chambrée, lorsque je les entendis comploter : Fred, le chanteur et guitariste élaborait visiblement un plan pour se saisir de ma petite personne afin de m’arracher les boyaux ! Ils avaient besoin de cordes qui sonnaient merveilleusement (j’étais flatté !), Hervé était le seul à me défendre, prétendant que mes boyaux ne seraient pas assez résistants pour sa contrebasse (il m’aurait presque vexé...). Quant à Gaëtan, il était déjà en train d’enfouir sous son chapeau cigarette, whisky, et truite saumonée pour m’amadouer ! J’étais "Dans d’beaux draps" et ce n’était que le début !

Karlit&Kabok
(Hip-Hop)
Karlit, 27 ans, chômeur, hétérosexuel et célibatard, crie, chante, rappe, ironise sur sa vie d’occidental. Kabok c’est autre chose : un fil a couper l’beurre en guise de corde vocale, la jovialitude d’un éléphant du "parc de la tête d’or", mais c’est bien aussi. C’est entre les Béruriers Noirs, NTM et Chevalier & Laspalès. C’est un peu la compagnie créole mais avec des cagoules. C’est comme de la musique mais en mieux. C’est surtout à ne pas rater sur scène !
www.karlitetkabok.com/

De temps en temps, notre propriétaire accepte des demandes de location venue d’Estrangie...C’est ma copine la concierge qui m’a parlé de ce pays lointain, paraît que y’a plein de gens comme nous sauf qu’ils sont pas pareils...J’ai jamais vraiment compris le sens de sa remarque.
Cette année, pour la première fois on a vu débarquer un vrai américain d’Estrangie : Michael Jude Christodal, né il y a trente cinq ans dans les environs de Boston, avant d’émigrer à Los Angeles, « le pays des blondes fades et des rêves écrabouillés... » comme il dit. Lui aussi a étudié la philosophie (qui a dit que la philo ne menait à rien ?Elle mène à tout au contraire !), je me souviens de ça car lorsqu’il a emménagé, il a échappé un bouquin de Bernard-Henri Levy, et ma concierge m’avait expliqué que c’était ça la « fisolophie »...Bref, je décidai de m’acoquiner avec ce beau jeune homme.
Dans ses cartons à peine déballés mais remplis de papier à bulle, mon jouet préféré, je trouvai des disques d’Elliot Smith et de Brian Wilson, de Budy Holly et de Mac Cartney. Je trouvai aussi un journal intime dont il se servait visiblement pour écrire ses chansons, une guitare, un piano (qui dépassait un peu ), des tonnes de souvenirs et de mélodies graciles. Quand soudain, j’entendis une voix étrange, c’était lui !Je me cachai précipitamment derrière un gros bouquin de Tolstoï. La voix douce et unique de Jude se rapprochait, elle était claire, pure, frisant parfois le sublime quand il montait dans les aigus...
Je l’observai du coin de mes yeux bioniques, il avait comme une tristesse dans son regard : « Je suis un ange blessé, mais ne pleure pas car je volerai à nouveau » chantait-il . I am in love with you, lui ronronnai-je.

Le hasard fut que Jude ayant emménagé au second, il eut pour voisin un certain Jehro, qui parlait entre autre, la même langue que lui. Je me souviens du jour où il a débarqué chez nous. J’ai bien vu qu’il avait du mal à poser ses valises. Non pas qu’elles fussent pleines, elles contenaient tout au plus, deux ou trois vêtements, une guitare, quelques percus, et une paire de tongs dépareillées : l’une venait d’Angleterre, pays où il avait enrichit sa musique plus jeune grâce à des rencontres « cosmopolites » faites lors de nuits sans sommeil au milieu de squats ; l’autre tong qu’il ramenait du Panama, pays de soleil et de sourire par excellence, était espagnole...
C’est de ces deux langues (tongs en anglais) dont l’artiste se servait pour écrire. Les jours pluvieux, je me réfugiais chez lui à la recherche d’un peu de lumière. J’en trouvais beaucoup surtout grâce à ses mélodies reggae, simples et directes qui me faisaient balancer le derrière. Son appart n’était pas immense, jamais vraiment rangé.
En fait, il passait le plus clair de son temps sur le toit de l’immeuble, à écrire des petites histoires de vie, en s’intéressant plutôt à la condition de gens simples, humbles, à leur mélancolie, leurs joies, leurs questionnements et leur poésie.
Jehro avait reconstitué une parcelle de forêt tropicale sur le toit dont les plantes (qu’il me plaisait à souiller de temps à autre), rappelaient les Caraibes, le Cap-Vert, le Brésil, et même Marseille, la ville qui l’avait enfanté pardi. Après toutes ces années de galère, il avait bien mérité son p’tit coin de paradis !

Alors autant j’adore la plupart de mes serviteurs...euh de mes voisins j’veux dire...Autant la voisine du troisième m’insupporte au plus haut point. Déjà qu’en 2004, elle n’arrêtait pas de critiquer "le petit voisin" qui du coup, traumatisé a arrêté ses études pour devenir intermittent. Là, cette année elle a transformé son appart en piscine gigantesque, dans laquelle elle s’éclate apparemment, alors qu’elle sait très bien que je déteste l’eau. Non pas parce que ça me donne une sale gueule à la sortie du bain comme elle me dit souvent, la peste, mais plutôt parce que les humains, ces chats l’eau, s’en servent depuis des générations pour noyer nos enfants ! Du coup je ne peux plus monter la voir. Pendant un an, elle était très discrète. Elle est restée enfermée, à préparer des nouveaux morceaux qu’elle a confiés ensuite à Albin de la Simone (un ancien locataire) pour qu’il les mette en forme. Avant sa canne c’était son piano à la Jeanne. Et puis c’est tellement plus facile de parler des autres... Mais depuis qu’elle a ouvert les vannes et qu’elle s’est mise à écrire des chansons plus personnelles, ben y’a de l’eau partout. "C’est l’eau qui m’attire" chante-t-elle en s’amusant avec sa voix qu’elle a de plus en plus belle. "Je ne suis pas solide, je suis liquide..." reprend-t-elle en trio basse, guitare, batterie. Une nouvelle piscine, plus pop, plus expérimentale et une artiste heureuse et pétrie de talent. A côté d’elle, je n’étais qu’un pauvre chat-mal-eau ...

On ne présente pas Jean Corti, accordéoniste et accompagnateur de Jacques Brel durant six ans. Il a composé la musique de "Madeleine", "Les Bourgeois", "Titine" ou "Les Vieux". En 1995, il rencontre Têtes Raides, les accompagne en concert tout en continuant sa carrière solo. Il sera le fil rouge des deux dernières soirées du Magic Mirrors pour nous rappeler que l’accordéon a toujours fraternisé avec le peuple, dans ses bals et dans ses combats.

On ne présente pas Jean Corti, accordéoniste et accompagnateur de Jacques Brel durant six ans. Il a composé la musique de "Madeleine", "Les Bourgeois", "Titine" ou "Les Vieux". En 1995, il rencontre Têtes Raides, les accompagne en concert tout en continuant sa carrière solo. Il sera le fil rouge des deux dernières soirées du Magic Mirrors pour nous rappeler que l’accordéon a toujours fraternisé avec le peuple, dans ses bals et dans ses combats.

J’adore me réfugier au dernier étage de mon immeuble, sous les toits, tout un monde inexploré et si plein de surprises...Là-haut, vit un homme étrange, un fou gentil tombé du ciel. La concierge m’a dit qu’il a toujours habité là, tout le monde le connaît dans l’immeuble. C’est devenu un mythe, une source d’inspiration pour tous les autres voisins. Je le croise des fois, dévalant l’escalier à tout rompre, les cheveux en Fontaine, comme soudain pris d’une crise de folie, de génie, l’a failli m’écraser la dernière fois. Je ne sais pas trop quel métier il fait, je crois qu’il en a plusieurs : d’abord cascadeur (ça ne m’étonne pas, vu comme il glisse sur la rampe !), puis comédien au cinéma et au théâtre, puis chanteur déluré et délirant. Souvent un couple d’amis à l’allure étrange monte les cinq étages menant jusqu’à son antre, l’un est d’origine algérienne, un certain Areski, suivi de près par une femme vêtue bizarrement...Ils ont l’air de bien se connaître tous les trois, paraît qu’ils faisaient de la musique ensemble. Il y a trois ans, Monsieur Jacques, comme on l’appelle dans l’immeuble a quitté sa chambre de bonne pour entamer une tournée avec les chansons de Charles Trénet, un vrai succès paraît-il ! Et puis depuis quelques temps, je sentais que quelque chose se tramait, un éclair de génie illuminait à nouveau son regard...C’est que la surprise fut de taille, huit ans que tout le monde l’attendait : un nouveau disque concocté avec Rodolphe Burger où l’on a retrouvé sa verve, sa poésie et sa tendresse...Souvent je me dis qu’on a de la chance qu’un tel artiste vive au-dessus de nos têtes en l’air !

Alors que j’étais dans l’escalier, en train de jouer avec une boule de poussière faisant croire à tous mes voisins que j’avais enfin capturé une souris, je croisai Philippe Prohom un des locataires du cinquième, à qui je demandai (oui on se comprend avec Philou) « Vous avez vu passer hier un type étrange, solitaire, portant sa contrebasse à bout de bras ? » Il me répondit : « Oui, c’est Imbert Imbert, le nouveau du premier » puis il poursuivit avec emphase « Les chanceux qui l’ont croisé sur scène aux bras de sa contrebasse, savent que ce personnage est une émotion à lui tout seul, une émotion vêtue de cuir, car il ne fait pas dans la dentelle, mais une émotion quand même... » Il parle vraiment comme un livre ce Philou.
Imbert Imbert ? Je décidai de mener ma petite enquête-enquête. Je m’approchai discrètement de son logis-logis, attiré par les plaintes belles et mélancoliques de cordes qu’il frottait avec son archet-archet. Je me sentis soudain tout chose, le poil hérissé. Ses grandes fenêtres-fenêtres étaient ouvertes sur la lumière et il se dégageait de ses chansons une tendresse fragile et souriante. Tout seul, simplement sa voix posée sur son instrument, j’avais chow-chow au coeur...

Derrière cette porte étrange, que je n’avais encore jamais eu l’idée de pousser, je découvris une pièce intime, un peu sombre avec au milieu une simple guitare acoustique pour toute musique. Mais quelle musique ! Je me cachai dans un coin bien qu’un chat enfermé dans une boîte noire me rappelait des mauvais souvenirs de physique quantique, des expériences bizarres qu’on avait fait subir à mon pote Schrödinger.
Bref, tapi dans l’ombre, j’écoutais les chansons d’H-Burns, qui me rappelaient le folk d’un Dylan, d’un Cohen ou d’un Johnny Cash. Dépouillée et planante, la musique était célébrée par une voix superbe et des textes poétiques. A l’écouter, je m’imaginais déjà au fin fond des States, genre Oklahoma avec ma nouvelle idole. Je l’accompagnais dans tous les bars du Tennessee ou de l’Utah, sur toutes les routes poussiéreuses des films de Terrence Malik. On the road again.
Une route large sous un ciel électrique….Miaouwwww ! Je ronronnais me laissant bercer par les caresses de mon nouveau voisin, qui en fait était aussi américain que j’étais humain. Tout d’un coup, quelqu’un frappa à la porte. Je sursautai, mais décidai de rester caché… Un type assez costaud fit irruption, sa gueule ne m’était pas inconnue…

Derrière ce patronyme fantaisiste se cache un très sérieux projet d’électro-hip-hop lyonnais. Le tout sonne comme un grand collage de breakbeats chaleureux, samples, scratches massifs rusés et novateurs ! Ils nous emmènent aux confins de l’électro et du hip-hop le plus sombre et expérimental, qui ne devrait pas laisser insensible les amateurs d’avant-garde !

Juste au-dessus de ma tête, depuis une dizaine d’années, vit un homme de trente-neuf ans, plutôt discret...Il est architecte, c’est lui qui a conçu une partie des plans de cet immeuble.
Je voulais lui parler de l’oubli de la chatière, mais bon, il est trop occupé en ce moment. Monsieur Monnet est à lui tout seul le sujet de discussion favori de ma concierge qui me conte souvent sa rencontre dans les escaliers avec la femme de sa vie, un oiseau qui a fait son nid depuis...
Puis un jour, Franck est parti un long moment pour visiter un pays mystérieux, Malidor. Pendant son absence, j’ai eu le droit d’entrer chez lui pour jouer avec son chat chahuteur. Son appartement était bien soigné, on a essayé de ne rien déranger. Rien n’était laissé au hasard des mots. Je m’approchai de sa discothèque pour apercevoir entre autres, des disques de Tom Waits, des Beatles ou d’Elliot Smith.
A son retour, Franck m’a viré, puis il s’est remis à composer, tout seul, des mélodies qu’il avait ramenées de ses voyages imaginaires et de ses nuits sans sommeil. Je l’ai trouvé changé, toujours aussi poète, peut-être un peu plus rock...D’ailleurs dans ses bagages, en plus de ses jolies mélodies, il avait ramené deux musiciens qui ne le quittent plus depuis : un guitariste Franck Lasserre et un batteur percussionniste Franck M’bouéké. Du coup il fait un peu plus de bruit qu’avant mon voisin du dessus, mais je laisse passer, il a une si belle voix...

Au troisième étage, sur le même palier, vivent des voisins un peu bruyants. Sont toujours fourrés les uns chez les autres, à partager la même passion pour les mots, la liberté et la musique. Dans le quatre pièces, vivent ensemble depuis 1998 un quatuor de tendresse : Dominique Bouchery, le plus petit qui manie l’accordéon à merveille, Bruno Martins le plus costaud à la contrebasse, Jean-Michel Mouron le plus grand à la guitare et Gilles Raymond, le plus mince qui joue aussi de l’accordéon. Ce sont les anciens propriétaires du Café des Artistes. Ils passent leur temps à mêler leurs belles voix, souvent a capella ou saupoudrées de quelques instruments...
Leur appart est toujours rempli de monde, qui repartent généralement en titubant, Michel Bühler, Romain Didier le voisin du quatrième, Stéphane des Wriggles et Allain Leprest, Sarclo ou encore Wally (des anciens locataires). Tout ce beau monde leur a écrit des chansons rien que pour eux, des textes poétiques qui évoquent l’hydre télévisuelle, la laideur féminine ou encore des leçons de maintien sexuel...
De temps en temps les quatre compères invitent leurs voisins d’en face, Loic et les Ogres pour reprendre en c(h)oeur des chansons de Gaston Couté. La porte est toujours ouverte si bien qu’il est facile pour moi de me faufiler chez eux, j’ai souvent le droit à quelques caresses, voire quelques lapées d’un bon cru...

Au-dessus de nos têtes, vole un oiseau migrateur dont la voix de rocaille fait trembler les murs et les sens. Son univers est rempli de soleil, venu d’Algérie, et de jolis mots partagés avec des auteurs comme Loïc Lantoine, Allain Leprest ou Bernard Dimey. Il cohabite souvent avec des punks par certains côtés qui se sont fait virer l’année passée, ils avaient mis trop de bazar...
Cet homme est impressionnant de spontanéité et de générosité. Son sourire bordé de sonorités orientales me donne souvent de l’espoir. Comme d’autres locataires, ses voyages ou plutôt ses errances ont fait de lui un humain trop humain, un amoureux des mots et de la vie, un révolté intemporel et universel.
Quant aux caresses, je n’en manque pas avec Yahia (c’est son prénom), elles sont tendres et fougueuses comme lui, sa voix est brûlante comme une pierre volcanique. Ses intonations et le son des guitares tsiganes ou andalouses me donnent souvent les larmes aux yeux (je suis le seul chat qui pleure !). La concierge m’a dit qu’il était magicien de son « vrai » métier, et pour une fois je l’ai cru !

Lundi soir...23h...Difficile de trouver le sommeil. Je tournais en rond dans l’appartement. Pas même la queue d’un rat à se mettre sous la dent. Mais je savais qu’au premier vivait une conteuse d’histoires, une grande fée brune à la chair rose et tendre. Je pensais qu’elle pourrait me bercer de sa douce voix en me contant les aventures du chat botté. La chambre de Daphné était remplie d’imaginaire. Sa musique était tout aussi féérique, mêlant trip-hop et envolées lyriques. C’était une sorcière insoumise mais qui aimait à caresser mes pensées les plus enfouies. Alors que j’entrais chez elle, un homme à moitié nu, genre Apollon, manqua de m’écraser. Connaissant ma mythologie sur le bout des pattes, je savais que ça sentait le roussi : Daphné, réfractaire au mariage, et au tempérament bien trempé, avait repoussé les avances du dieu en slip. Il était venu pour la prendre de force : Je fis le dos rond pour protéger ma chasseresse, toutes griffes dehors, pendant qu’Apollon lui, faisait des remarques sur sa tenue vestimentaire et sa chevelure prétendant qu’elles n’étaient pas convenables. Quel macho ! Puis Apollon s’élança à la poursuite de Daphné dans son 20 m2 ! Celle-ci fuyait car elle excellait à la course. Moi je tentais vainement de griffer les mollets de cette grande gigue mais il était déjà sur le point de la capturer...Quand soudain, le père de Daphné, le dieu-fleuve Pénée intervint pour la sauver en la transformant en laurier. Apollon, consterné, repartit, penaud, en promettant qu’il l’aimerait toute sa vie, qu’elle serait son arbre, qu’il lui chanterait des poèmes...bla, bla, n’importe quoi...J’étais déboussolé. Je décidai de me faire une couche confortable à ses racines pour enfin m’endormir...

L’autre soir, lors d’une bringue chez Babet où je m’étais faufilé, je tombe sur Mathias Malzieu, ou plutôt l’inverse…peut pas s’empêcher de slamer celui-là ! Bref, ma petite tête dépassant de son 44 fillette qui m’écrabouillait les côtes, je lui demandai qui était le nouveau venu, un dénommé Cyrz, débarqué il y a peu avec sa guitare.
Mathias empoigna un micro et me chanta : « Cyrz a un volcan dans sa chambre, un volcan à chansons. Sa musique ressemble aux mille cassettes volcaniques planquées dans sa chambre. Même odeur de plancher qui craque, mêmes chansons boisées au folk, banjo et guitare-harmonica transcendés par une langue tranchante à s’en faire saigner les dents. Mais surtout, il a su chanter exactement comme s’il nous racontait une histoire, tard dans la nuit, assis sur son lit. » Il est fou ce Mathias !
Intrigué, je décidai de grimper chez le nouvel arrivant. Sa piaule était conforme aux dires de Mathias, mais Cyrz n’était pas chez lui. Je le trouvai dans le couloir en compagnie de deux autres gars, patientant devant une porte en bois dont l’écriteau, bien qu’écrit en humain, m’intriguait : « Chacun son tour ». Je croyais que les toilettes communes n’existaient plus dans cet immeuble ! Que faisaient-ils tous les trois ici ? Cyrz venait juste de sortir de la pièce. Un type brun, mal rasé s’engouffra à la suite, je décidai de le suivre…

Au deuxième vit une minette ayant plutôt l’habitude de miauler au sein des Dionysos un violon et un micro accrochés aux pattes. Cette année, la minette est devenue oiseau en prenant son envol toute seule. Oiseau de proie facile pour moi, pensais-je...Elle avait l’air si fragile et si douce que j’aurais pu la tromper facilement. Et puis ce matin-là, j’avais très faim. Marre d’être nourri par tous mes voisins, j’avais envie de chasser. Depuis que Babet avait pris un petit studio et que ses gardes du corps Mathias, Mike, Rico, Guillaume et Stephan du groupe Dionysos n’étaient plus là pour la protéger, elle était à ma merci...hé, hé ! Alors je grimpai discrètement l’escalier. J’entendis une douce musique folk-rock mêlée à des textes parlant de voyages, de rencontres et d’amour. Ce drôle d’oiseau-chat composait, jouait du violon, de la guitare et du piano. Tout ça pour un si petit corps ? Je l’entendais dire "Il n’y a que les chats qui savent quand l’oiseau s’envole, avec leurs yeux magiques, des yeux pour tout comprendre, des yeux pour tout trouver..." J’étais entièrement d’accord avec elle, je préférais d’ailleurs son discours à celui de Mathias qui n’arrêtait pas de me dire "ta gueule le chat". Alors voilà, Babet (sans l’accent stéphanois c’est mieux) avait décidé de sortir dans le noir, d’avancer à tâtons, de grimper aux arbres et de chasser...Bref, tout comme moi, enfin quand j’étais en forme ! Alors, oiseau de paradis ou chat perçant ? Pour le savoir, j’entamai une partie de chat perché avec elle...Si elle se perchait, elle était chat, si elle restait terre à terre elle était humaine, si elle s’envolait...Aïe, trop tard, mon repas de midi venait de s’échapper par la fenêtre !

J’avais déjà entendu parler de ces cinq gars-là, en recevant la compil qu’une célèbre radio stéphanoise avait envoyé à tous les chats errants de la ville (Miaouww !)
L’année dernière, je les ai retrouvés un dimanche lors d’une fête un peu spéciale : Une fois par an, les proprios disposent un grand tremplin en bas de l’immeuble. Les plus téméraires sautent dessus pour accéder directement à un appart par une des fenêtres. C’est un moment toujours incroyable, un peu casse-gueule, certes, mais les gens affluent pour assister au spectacle.
Donc l’année passée, ce sont eux qui ont sauté le plus haut. Faut dire qu’ils ne manquent pas d’énergie ! Ces cinq musiciens font trembler depuis quelques temps les murs de l’immeuble. J’ai lu sur leur boîte aux lettres que leur musique ressemblait à du rock, pop, psyché, post-punk, new-wave, transe, glam des 70’s...J’ai rien compris à tout ce charabia alors je suis sorti les voir en concert, un soir où ils jouaient au Lipopette en bas de l’immeuble.
L’atmosphère était enfumée, un peu underground. Il planait une forme d’énergie saturée...puis tout d’un coup des riffs de guitare et des rythmes hallucinants mirent mon corps de petit chat en transe. Je me mis à secouer la tête nerveusement, impressionné par l’originalité et la puissance de cette musique. La voix du chanteur était presque animale, alors imaginez ma joie ! Mais c’était celle d’une bête difficile à identifier sachant user de tout un tas de ruses, notamment d’un déhanché de pattes et d’une sudation toutes animales !

Dans cet immeuble de doux-dingue, j’ai ma préférée. Les femmes sont plus douces avec moi, et vu que cette année elles sont rares, je vais souvent leur rendre visite.
Ma voisine de palier, côté droit, est un peu fêlée, comme sa voix. La nuit, elle est discrète (enfin quand elle est chez elle !), elle écrit beaucoup, en se mettant dans la peau de gens de tous les jours : une caissière du Prisunic, une fille seule en quête d’amour...J’l’aime bien cette nana, c’est un sacré bout de femme, drôle, provocante et rêveuse. Sur son sofa, je croise souvent les caresses de Nicolas Ullmann, son guitariste, de Christophe Ernault, d’Adanowski et de Camille Bazbaz qui lui a appris ses premiers accords de piano. Elle est entourée d’hommes celle-là, le comble c’est que je l’entends gouailler à travers la cloison : « J’veux un mec ! » Capricieuse ? Son appart lui ressemble, élégant, destroy et glamour avec une discothèque passionnante : Fréhel, Janis Joplin, Iggy Pop, les Rita...Elle a emménagé il y a deux ans à peine, avant elle habitait un autre immeuble, plein de comédiens qui rient très fort, et comme ils faisaient trop de bruit pour rien, elle est venue s’installer chez nous, je pense pour un bon bout de temps...

Premier étage, troisième porte à droite. Depuis peu s’agite un petit nouveau, venu des banlieues de Strasbourg. Il n’est là que depuis quelques mois mais force déjà l’admiration de tout le voisinage. Charles Cros et Constantin sont même passés chez lui pour le récompenser. Je sais pas trop quel métier il fait, prêcheur de mots sans prêchi-prêcha, peut-être, à moins qu’il ne soit livreur de poésie.
Dans son deux pièces, les livres s ‘amoncellent : Deleuze, Derrida, qu’Allah Bénisse la France...m’a dit que c’était lui qui l’avait écrit...quel mytho ! : Au milieu des tonnes de bouquins compliqués s’étalent des disques des Last Poets ancêtres du hip hop, des Positive Black Soul et bien sûr de Jacques Brel, une de ses grandes références comme il m’a dit...
Tous les jours, des potes viennent le voir, Bilal le compositeur, Laurent Vernerey le bassiste, Olivier Daviaud le violoncelliste, Renaud Létang pour mixer ce joyeux mélange. La concierge m’a même dit qu’elle avait vu passer Matthieu Boogaerts, Gérard Jouannest et l’accordéoniste Marcel Azzola, deux vétérans qui ont travaillé autrefois avec Jacques Brel...mouais faut-il croire les concierges...Leur musique oscille entre le hip-hop, le jazz et la chanson, j’avais encore jamais entendu ça...j’l’aime bien Régis (c’est son vrai nom) il ressemble à personne d’autre, je pense qu’il a une longue carrière devant lui...va peut-être pas rester dans son deux pièces...dommage.

12Mé et Raph
(Hip-Hop)
Ce duo est composé d’un Mc 12Mé membre du collectif Hasta Siempre et du groupe rap-jazz Sofa So Good et Raphaël un saxophoniste spécialisé dans le jazz-afro cubain. L’union de ces artistes donne un mélange savoureux de rap conscient et introspectif, loin des clichés, et de subtiles mélodies jazzy mises en lumière par un saxophoniste averti.
www.myspace.com/12meraph